RE2020 : ce qui change vraiment sur vos chantiers depuis 2025

Au 1ᵉʳ janvier 2025, la RE2020 a franchi sa marche la plus stricte : seuils carbone resserrés, modulation MIdEd supprimée, confort d'été durci. Ce que ça change concrètement, pour les artisans comme pour les maîtres d'ouvrage.
Un artisan est venu me voir la semaine dernière avec un devis refusé. Le maître d'ouvrage lui avait dit : « On doit revoir tout le lot isolation, on est hors clous sur la RE2020. » Son devis était pourtant conforme à ce qu'il fait depuis dix ans. Il n'avait pas vu qu'un seuil réglementaire avait bougé au 1ᵉʳ janvier 2025.
Il n'était pas le seul.
La RE2020 est entrée en vigueur en 2022. Trois ans plus tard, elle a franchi une nouvelle étape — la plus stricte depuis sa création. Et beaucoup d'acteurs du bâtiment n'ont pas encore intégré ce que ça change vraiment sur un chantier.
Cet article existe pour clarifier ça. Sans jargon, sans langue de bois.
Ce que la RE2020 impose, en une phrase
La Réglementation Environnementale 2020 fixe des plafonds à ne pas dépasser sur trois volets : la consommation d'énergie du bâtiment, ses émissions de gaz à effet de serre sur tout son cycle de vie, et son confort d'été sans climatisation.
Elle s'applique à toute construction neuve résidentielle, aux bureaux et aux établissements d'enseignement primaire et secondaire. Depuis mai 2026, elle s'étend progressivement à d'autres catégories de bâtiments tertiaires — hôtels, commerces, bâtiments techniques.
C'est la réglementation la plus stricte au monde sur le logement neuf. Ce n'est pas un slogan, c'est un fait.
Le changement du 1ᵉʳ janvier 2025 : ce qui a vraiment bougé
Le décret n° 2024-1258 du 30 décembre 2024 a resserré les seuils, comme prévu depuis 2022. Le calendrier initial parlait de 2024, 2027 et 2030 ; il a été décalé à 2025, 2028 et 2031.
Concrètement, depuis le 1ᵉʳ janvier 2025 :
- Pour une maison individuelle, l'indicateur d'impact carbone de la construction (Ic construction) est passé de 640 à 530 kg CO₂/m² sur 50 ans — soit une baisse de 17 % en une seule étape.
- Pour un logement collectif, l'indicateur d'impact carbone de l'énergie (Ic énergie) a été abaissé à 260 kg CO₂/m²/an — une chute de 53 % par rapport au seuil précédent. Les logements collectifs raccordés à un réseau de chaleur urbain (RCU) restent à 320 kg CO₂/m²/an.
- La modulation MIdEd a été supprimée.
Ce dernier point est technique, mais c'est celui qui bouscule le plus les projets. Avant, quand un matériau n'avait pas de FDES individuelle (Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire), on utilisait une donnée par défaut, avec une compensation qui adoucissait le calcul. Cette compensation est morte : la donnée par défaut est désormais prise à 100 %.
Traduction pour l'artisan : si ton matériau n'a pas de FDES vérifiée sur la base INIES, il pénalise fortement le bilan carbone du chantier. Et le maître d'ouvrage risque de te demander d'en changer.
Les trois axes concrets à comprendre
1. La sobriété énergétique — ce qu'on connaît déjà
La RE2020 reprend la logique de la RT2012 en la durcissant : isolation renforcée, ponts thermiques limités, VMC double flux, systèmes de chauffage à haute performance. Les consommations sont exprimées en Cep,nr (consommation d'énergie primaire non renouvelable).
Rien de révolutionnaire ici pour qui maîtrise la RT2012 — mais le curseur bouge à chaque étape (2025, 2028, 2031).
2. La décarbonation — ce qui a vraiment changé les règles
Contrairement à la RT2012, la RE2020 calcule les émissions de CO₂ sur tout le cycle de vie du bâtiment, soit une durée conventionnelle de 50 ans. Cela inclut :
- La fabrication des matériaux (extraction, transport, production).
- Le chantier lui-même.
- Les 50 ans d'usage (chauffage, ECS, éclairage, ventilation).
- La fin de vie (démolition, recyclage).
C'est ce qu'on appelle l'Analyse du Cycle de Vie (ACV). Et c'est là que les matériaux biosourcés — bois, paille, chanvre, ouate de cellulose — deviennent des atouts stratégiques : ils stockent du carbone au lieu d'en émettre.
Le béton traditionnel, très émetteur, doit être remplacé progressivement par des bétons bas carbone, ou combiné avec des solutions bois-mixte.
3. Le confort d'été — le volet qu'on sous-estime encore
Face aux canicules qui se répètent, la RE2020 introduit un indicateur inédit : les Degrés-Heures (DH) d'inconfort. Il mesure combien d'heures dans l'année la température intérieure dépasse 28 °C le jour ou 26 °C la nuit.
- Seuil bas : 350 DH. En dessous, tout va bien.
- Seuil haut : 1 250 DH. Au-dessus, le bâtiment est non conforme. Point.
Pour tenir ces seuils sans climatiser, il faut y penser dès la conception : orientation, brise-soleil, inertie thermique, ventilation naturelle nocturne, végétalisation, protections solaires.
C'est un travail d'AMO et de bureau d'étude en amont. Pas quelque chose qu'on rattrape sur chantier.
Ce que ça change concrètement pour un artisan
Si tu es peintre, plaquiste, menuisier, électricien ou plombier, la RE2020 ne te demande pas de changer de métier. Elle te demande trois choses :
- Savoir ce que tu poses. Les FDES et PEP (Profils Environnementaux Produits) des matériaux que tu utilises doivent être identifiables — le bureau d'étude en aura besoin pour valider le projet.
- Justifier ta mise en œuvre. L'étanchéité à l'air, la qualité de la pose d'isolant, la continuité du pare-vapeur : tout ce qui influence les performances mesurées à la livraison.
- Anticiper les seuils 2028 et 2031. Ce qui passe aujourd'hui ne passera pas dans trois ans. Les artisans qui prennent une longueur d'avance sur les matériaux biosourcés et bas carbone auront un vrai avantage commercial.
Ce que ça change pour un maître d'ouvrage
Si tu portes un projet de construction — particulier, promoteur, bailleur, collectivité — la RE2020 t'impose une chose fondamentale : le choix des matériaux et des équipements ne peut plus attendre le chantier.
Il se joue en phase de conception, avec un bureau d'étude thermique, une modélisation ACV et un chiffrage carbone du projet. Sans cet amont solide, le permis de construire ne passe pas.
C'est là que l'assistance à maîtrise d'ouvrage (AMO) prend tout son sens. Un AMO ne dirige pas le chantier — il cadre le projet en amont pour qu'il soit réglementairement viable avant d'être lancé.
Le rôle de LACRAIE dans ce cadre
LACRAIE HABITAT intervient en amont, en tant qu'assistance à maîtrise d'ouvrage. Nous modélisons les projets, montons les études thermiques et ACV, et préparons les permis de construire conformes RE2020. Notre rôle s'arrête là où celui du maître d'œuvre commence.
LACRAIE GROUPE est une plateforme de coordination et de gestion commune qui met en relation les maîtres d'ouvrage avec un réseau d'artisans indépendants — chacun maître d'œuvre de son propre lot. Peintres, charpentiers, plombiers, électriciens : ils restent totalement autonomes juridiquement, ils choisissent leurs chantiers, ils facturent en direct.
LACRAIE COMMUNITY est une association en formation dédiée à la formation et à l'insertion par le métier — pour que la relève d'artisans qualifiés RE2020 existe encore dans dix ans.
Trois entités, trois rôles distincts. Aucune ne se substitue à l'autre.
Ce qu'on retient
La RE2020 n'est pas une contrainte administrative de plus. C'est un changement de modèle qui redistribue les compétences dans le bâtiment.
Elle valorise trois choses : la conception en amont, la qualité de la pose et la traçabilité des matériaux. Trois choses que les artisans indépendants et les bureaux d'étude spécialisés savent faire — bien mieux que les gros donneurs d'ordre qui découvrent la réglementation en cours de chantier.
C'est pour ça qu'on a bâti LACRAIE. Une vision, un avenir.
Un projet de construction ou de rénovation ?
LACRAIE HABITAT vous accompagne de l'étude à la livraison, avec les bons artisans et les bonnes aides.
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